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le Mont Saint Michel

 

L’archange et le taureau.

Une miniature du Livre d'Heures de Pierre II, duc de Bretagne représente Saint-Michel triomphant du diable. L’archange est revêtu d'une armure semblable à celle que portaient les chevaliers français au début du XVe siècle ; il est revêtu d'un long manteau blanc doublé de pourpre, ses cheveux blonds son nimbés et son front est marqué d’une croix; de la main droite il brandit une épée ; de la gauche, il tient par l'oreille un diable à tête de taureau et aux griffes rouges. Ses symboles évoquent l'une des traditions légendaires qui se rapportent à la fondation du sanctuaire primitif sur lequel fut édifiée la célèbre abbaye ; selon Dom Jean Huynes, dans son Histoire générale du Mont-Saint-Michel au péril de la mer (1638-1840), Saint Aubert, l’évêque d’Avranches, aurait vu apparaître l’archange, qui, le blâmant de son incrédulité, l’aurait marqué au front « d’un coup de doigt ».

 Ayant alors demandé à Saint-Michel où il désirait qu’un oratoire soit édifié, Saint Aubert aurait reçu les indications suivantes : « Il me dit que ce fût au lieu ou je trouverais un taureau lié qu’un larron a dérobé depuis naguère et caché en ce Mont expiant  l’occasion de le pouvoir mener au loin pour le vendre... quant à ce qui touche la grandeur de l'oratoire, il m'a dit que se serait tout l'espace que je trouverais foulé aux pieds du taureau. »

Le crâne de Saint Aubert, conservé comme relique à Saint -Gervais d’Avranches, portait, en témoignage la marque miraculeuse du doigt de l'archange, un trou dont l'origine a été expliquée par les archéologues modernes ; il s'agit, en effet, d’une trépanation et le crâne qui a subi cette opération rituelle date non pas du VIIIe siècle, mais de l’époque néolithique.

La victoire sur le taureau évoque probablement le triomphe du christianisme, en ce haut lieu sacré, sur le culte païen du dieu gaulois Tarvos Trigaranos, « le taureau aux trois grues ». Un autel dédié à cette divinité celtique a été découvert en mille sept cent onze sous le chœur d’un autre sanctuaire chrétien, Notre-Dame de Paris.

On peut aussi supposer l'existence d'une crypte anciennement utilisée pour les cérémonies d'initiation aux mystères tauroboliques des adorateurs de Mithra. Dom Leclerq observe que le culte de l'archange au Mont- Tombe, nom primitif du Mont- Saint-Michel, a été inspiré par une consécration analogue, celle du Monte- Gargano, en Italie. Dans les deux cas, un taureau aurait fait connaître le lieu ou l'archange désirait être honoré.

 

La pierre perdue par Satan

Paganisme et christianisme s'opposèrent longtemps l’un contre l’autre en Normandie. En neuf cent quatre vingt dix sept, un pirate danois, Olaf Truggveson, était encore assez solidement installé sur les côtes occidentales du Cotentin pour donner en dotation à sa femme des ports et des terres, par un acte qui a été conservé.

 Les clercs séculiers du Mont- Saint-Michel, trente et un ans auparavant, avaient été exilés dans l'île de Guernesey par Richard de Normandie, fils de Guillaume- Longue- Epée.

Les anciennes chroniques assurent que ces clercs menaient une vie peu édifiante et qu'ils ne voilaient même pas ce que la pudeur exige de cacher : atque ex staminis subtilitate etiam pudenda non protegun. Dans ces conditions, le diable ne pouvait être indifférent ; il volait encore au-dessus de l'abbaye en même temps que Saint-Michel, comme le montre une miniature d'un manuscrit ayant appartenu au duc de Berry et qui appartient aux collections de Chantilly.

Une légende locale assure même que Satan aurait participé à la construction du monastère ; il alla chercher les trois pierres fondamentales de l'édifice dans la forêt de Saint-Sever ; il les mit dans sa double besace, les chargea sur son épaule et prit son vol vers le mont, le long des grèves.

Arrivé dans le canton de Brecey, il constata que son bissac venait de se déchirer ; une des pierres, tombée du sac, avait pénétré profondément dans le sol. C'était la Pilière. Satan s'efforça de la déterrer ; il enfonça ses griffes dans le granit qui porte encore ses empreintes, mais il ne put la mouvoir ; aussi dut-il se contenter des deux pierres qui restaient. C'est pourquoi, ajoute la légende, le monastère n'a jamais été solide ; il ne subsiste que par la grâce divine. Il tremble souvent sur ses bases, quand vient la tempête et que le tonnerre gronde.

 

Les coquilles noires des pèlerins.

Sur la grève, aux environs du Mont- Saint-Michel, on trouve des coquilles noires ou brunes. Ce sont celles qui figuraient dans les armes anciennes de l'abbaye, en mille quatre cent dix sept : « D'argent à trois coquilles de sable, une crosse d'argent pour cimier. »

Ces coquilles au lieu d'être bombées, sont plates, et munies, à la charnière de chaque valve, d’une seule oreillette, qui permettait de les fixer facilement sur les vêtements des pèlerins.

 

La terreur du démon.

Le vingt deux décembre mille quatre cent soixante neuf, Louis XI institua  l'Ordre de Saint-Michel, dont les membres, gentilshommes de nom et d'armes sans reproche, comptaient, au plus, trente six chevaliers.

 Chacun d’eux recevait « un collier d'or fait de coquilles lacées l’une avec l’autre d’un double lacs, assises sur chaînettes ou mailles d'or, au milieu duquel sur un roc il y a une image d'or de Saint-Michel qui viendra pendant sur la poitrine avec la devise immensi tremor oceani et le dicton de Louis onzième. 

            Pour dompter la terreur des démons et de l’onde,

Qui nous peut plus aider que cet archange au monde ? » 

En mille quatre cent soixante dix, Louis XI présida le premier chapitre de l'Ordre, dans la grande salle d'assemblée de l'abbaye, qui a été nommée, depuis cette époque, la salle des Chevaliers. Les pièces des armoiries de l'abbaye devinrent alors « d'argent chargé de coquilles de sable sans nombre au chef de France ancien ; une crosse d'argent pour cimier. »

 

Le diable en mer.

Les chroniqueurs de l’abbaye ont conservé le souvenir d'un animal trouvé sur les grèves et qu’ils décrivent en ces termes : « Sa tête était large et beaucoup plus grosse que le corps ; sa gueule s’ouvrant d'un pied de haut, présentait des dents aiguës et rangées comme celle du requin ; le milieu de son palais était hérissé de pointes très piquantes ; sous son collet de droite et de gauche, sortaient deux mains et deux pieds de dessous son ventre et lui servaient de nageoires ; il portait le long de son dos trois petits mâts mobiles de la grosseur d'un tuyau de blé.

Chacun de ces mâts était orné à la pointe d'une sorte de guidon carré, d'une peau blanchâtre, mince et transparente et de six lignes de long sur trois de large. »

Le corps de ce poisson était blanchâtre et sa queue se terminait en pointe comme celle des morues. Le peuple, ne sachant quel nom lui donner, l'appelait diable de mer. Un érudit local M. Étienne Dupont, ayant entrepris une enquête à ce sujet, apprit d'un savant zoologiste que cet animal fantastique existait réellement dans la baie du Mont Saint-Michel ; il s'agit de la beaudroie  pêcheuse (lophius piscatorius).

Les poissonniers la rendent méconnaissable en la décapitant, en la vidant et en la dépouillant, ils la  vendent parfois sous le nom de lotte.

 

Les merveilles de la foudre.

Les magnifiques bâtiments du nord de l’abbaye, appelés dès leur origine la Merveille, furent construits, de mille deux cent trois à mille deux cent vingt huit, d’un seul jet, selon un plan bien déterminé et suivi exactement dans les moindres détails, grâce aux sommes considérables envoyées par Philippe-Auguste à l'abbé Jourdain, dix-septième abbé du Mont Saint-Michel.

Les successeurs de celui-ci continuèrent les travaux, qui furent interrompus en juillet mille trois cent par un incendie ; la foudre, en tombant sur le clocher de l'église, la ruina entièrement ; les cloches furent fondues ; les toits des bâtiments incendiés. Les flammes poussées par un vent violent, consumèrent presque entièrement la ville.

Ce désastre, survenue après ceux de mille cent trente huit et de mille deux cent trois, fut un des plus considérables de l'histoire de l'abbaye ; en mille trois cent cinquante, la foudre tomba de nouveau sur l’église. Un autre incendie arriva en mille cinq cent soixante quatre et un orage, en mille cinq cent quatre vingt quatorze, dévasta encore le monastère. Au total en mille sept cent soixante seize, le Mont- Saint-Michel avait connu depuis sa fondation, douze incendies causés par la foudre.

 L’un des  mystères de ce haut lieu n'est-il pas l’improbable survie de la Merveille, qui, malgré ces multiples attaques infernales, semble avoir été miraculeusement protégée par l’archange Saint-Michel ?

 
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