La
connaissance du magnétisme est très ancienne.
Elle fait partie d'un bagage de notions humaines
datant de plus de quatre mille ans.
Le magnétisme fut d'abord entendu comme
concept plutôt vague qu'on appliquait généralement
à une substance mystérieuse << l'aimant
>> auquel on attribuait des propriétés
magiques et qui, mis au contact d'un corps malade,
pouvait provoquer la guérison. Cette croyance se
prolongea dans le temps. Au début du dix-septième
siècle apparut cette fameuse école magnétique
Anglaise et le physicien Gilbert crut même reconnaître
dans l'aimant le principe de toute chose. Vers la
fin de ce même siècle, le physicien jésuite
Kircher, qui s'intéressait à ces études,
établit que tous les corps étaient sujets
à l'action magnétique et attribua une
grande importance au magnétisme comme force cosmique
dans la genèse des phénomènes historiques.
On lui doit la formule << magnétisme
animal >> que Mesmer s'est appropriée
par la suite. Toujours au XVII éme siècle,
on trouve aussi M. Etmillero qui, tout en se servant de
l'aimant, avertissait les médecins de l'époque
de ne pas en abuser, ses vertus curatives étant
en partie vrais et en partie fausse. On donna une plus
grande importance à l'aimant lorsque que Andry
et Toueret, mandatés par l'Académie
de Médecine à Paris en 1779, établirent
que l'aimant exerçait une action sur le système
nerveux en combattant les rhumatismes, les spasmes, les
hémicranies mais qu'en outre, il pouvait provoquer
l'aggravation de certains troubles comme le mal de
tête, les vertiges, la nausée et les évanouissements.
Par la suite G.S. Poli ( 1815 ), Beeker, Reil et
bien d'autres continuèrent à s'en
occuper. Reil, à l'hôpital de Gottingen,
s'en servit pour le traitement de certaines maladies.
Il écrivit même un livre ou il exposait
l'action de l'aimant sur l'organisme humain.
Ensuite Bulmerinca et Reinchenbach en ( 1845 ) poursuivirent
ces études en Allemagne, Bain en Angleterre et
d'autres en divers pays.
En Italie, Cesare Lombroso effectua des expériences
quant à l'action des perturbations magnétiques
sur des sujets aliénés ( 1866 ) . Il
affirma avoir vérifié plusieurs fois chez
des épileptiques, des mélancoliques, des
hystériques, une grande sensibilité à
l'aimant.
En France, Charcot et Regnard (1878 ) ne cessèrent
à leur tour d'expérimenter les effets
de l'aimant et publièrent de nombreux ouvrages
à ce sujet. Aujourd'hui, l'aimant a perdu
toute l'importance qu'on lui attribuait par
le passé. Personne ne croit plus en son action
spécifique sur l'organisme humain. Les nombreux
succès antérieurs n'étaient
évidemment dus qu'à la seule suggestion.
LES
INTERPRETATIONS MAGNETIQUES
La
croyance dans le pouvoir magnétique dont nous
avons parlé plus haut, trouve son prophète
en Anton Mesmer ( 1734-1815 ) . La base de sa théorie,
qui deviendra bien vite une pratique thérapeutique,
était l'existence d'un fluide magnétique
universel réglé par des lois mécaniques
inconnues et animé par des mouvements plus ou
moins généraux, complexes, comparables
au flux et au reflux qui établissaient une influence
mutuelle entre les corps célestes, la terre et
les corps animés.
Ce fluide indispensable, diffusé en tous
lieux, était capable de recevoir, de propager
et de distribuer toutes les impressions de mouvements.
Il faisait sentir sa force sur les êtres
en état réceptif, s'insinuant dans
la substance de leurs nerfs et de tout le corps. IL
se manifestait par des effets analogues à l'aimant.
Mesmer distinguait deux << pôles
>> lesquels pouvaient entrer en communication,
être détruits ou renforcés. Pour
expliquer les raisons qui le poussèrent à
qualifier sa théorie de magnétisme animal,
Mesmer dit que la propriété qui rend l'organisme
sensible à l'influence des corps célestes
et l'action réciproque des êtres qui
l'entourent est semblable à celle de l'aimant ;
d'ou la domination de magnétisme animal.
Mais les raisons plus pratiques de ce choix furent diverses
et principalement dues à l'usage que l'on
faisait à cette époque de l'aimant
et des plaques aimantées dans le traitement de
certaines maladie.
Mesmer avait commencé à pratiquer
ces méthodes en collaboration avec le jésuite
Hell, si bien que, dans un de ses premiers mémoires,
il enregistrai l'observation suivante à
propos d'une forme convulsive a tendance hystérique.
<< Le malade ayant souffert d'une recrudescence
de ses accès ordinaires, je lui fit une application
de trois plaques aimantées sur l'estomac
et les jambes. Les résultats furent les suivant :
après quelque instants, elle sentit des courants
douloureux qui, après divers efforts pour prendre
leur direction, se mirent à courir vers la partie
inférieure et, après six heures les symptômes
de l'accès disparurent complètement.
L'état de la malade réclama le lendemain
la répétition de la méthode. Ce
que je fis sans hésiter, obtenant le même
résultat que le jour précédent.>>.
Mais est-ce par jalousie envers le père
Hell, qui guérissait avec les mêmes méthodes,
ou à cause de l'animosité qui naissait
entre eux deux ( ils s'accusaient réciproquement
et se reprochaient l'usurpation de la découverte
), le fait est que Mesmer abandonna complètement
les plaques magnétiques pour passer à
des pratiques de charlatans. L'ambition et l'appât
du gain poussèrent cet homme, qui avait pourtant
été docteur en médecine à
la faculté de Vienne, à faire revivre
des idées vielles d'un siècle à
propos du magnétisme en tant qu'influence
des corps célestes sur l'organisme humain,
idées que tous les savants de son époque
avait abandonnées. Mesmer commença à
pratiquer sa méthode à Vienne, obtenant
rapidement un succès fabuleux.
Il affirmait pouvoir soigner toutes les maladies
incurables et annonça vite des grands résultats,
lesquels, s'ils étaient accueillis avec
scepticisme par le monde scientifique, rencontraient
chez les profanes une adhésion inconditionnelle.
Mais Mesmer ne pouvais se contenter de se type de succès,
aussi irrésistible soit-il. Il cherchait l'approbation
des hommes de son milieu.
Il n'hésita pas à exécuter
devant quelques médecins plusieurs expériences
au cours desquelles, en s'attribuant une espèce
de force surnaturelle, il voulut démontrer qu'il
possédait seul de communiquer aux profanes le
fameux fluide magnétique. Voici comment Mesmer
raconte une expérience devant Ingenhousz, membre
de l'Académie royale londonienne <<
je fis approcher le professeur Ingenhousz de la malade
dont je m'était éloigné, en
le priant de la toucher.
Cela fut fait et la malade n'eut aucun mouvement.
Ensuite je le priai de s'approcher de moi et, en serrant
ses mains, je lui communiquai le magnétisme. Après quoi,
je le priai de s'approcher a nouveau de la malade et
de la toucher une seconde fois. Je me tenais toujours
éloigné d'elle. L'effet ne se fit pas attendre et à
peine le professeur Ingenhousz effleura de ses mains
le corps de la souffrante, qu'immédiatement se réveillèrent
en elle de très puissantes convulsions. >>.
Malgré ces présumés résultats,
Mesmer à Vienne était considéré
comme un farceur et plusieurs fois il fut invité
par le doyen de la faculté de médecine
à mettre un terme à ses charlataneries.
Alors en 1778, il décida de passer en France.
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