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Cette
bête mystérieuse, décrite généralement comme un
grand loup, mais également comme un monstre à la
longueur démesurée pourvu d'un poitrail de bœuf, d'un
dos de crocodile et d'une queue de quatre pieds de long,
a sévi dans la région du Gévaudan, en Lozère, entre
juin mille sept cent soixante quatre et septembre mille
sept cent soixante sept
semant autour
d’elle la terreur et la désolation.
Elle
égorgea une centaine de victimes, essentiellement des
enfants et des jeunes filles. Des chasseurs, des soldats
et même un détachement de dragons envoyé par le roi
tentèrent en vain de terrasser la bête. Mais cette
dernière, même blessé, parvenait toujours à
s'enfuir. On disait même que des balles ricochaient sur
son corps.
La
Gazette de France du vingt trois novembre mille sept
cent soixante quatre en donne une description
relativement précise : « Le redoutable animal est
beaucoup plus haut qu’un loup, bas devant. Ses pattes
ont armées de griffes. Il a le poil rougeâtre, la tête
forte et grosse, longue et finissant en museau de lévrier,
les oreilles petites et droites comme des cornes, le
poitrail large et un peu gris, le dos rayé de noir. » |
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Gare
à la bête.
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La
première victime de la bête, le deux juillet mille
sept cent soixante quatre fut une fillette de quatorze
ans que l’on retrouvera égorgée. Une autre fillette
suivit le même sort une
semaine plus tard. En août, ce fut au tour d'un garçon
de quinze ans d’être presque entièrement dévoré
par le monstre. Le premier octobre, après
l'intervention infructueuse des dragons du roi, une
nouvelle enfant âgé de douze ans fut sauvagement
attaquée et mutilée dans la région de Saint-Chély-d’Apcher.
Le sept octobre, deux autres fillettes fut assaillies,
ainsi qu'une jeune femme de vingt ans une semaine plus
tard. Etrangement, la bête ne s'attaquait qu’aux
enfants ou jeunes femmes, jamais aux hommes, ce qui fit
penser aux agissements non d'une bête, mais d’un
homme sauvage, un ogre cruel amateur de chair fraîche,
nous parlerions aujourd'hui de criminel pédophile.
Le
douze janvier mille sept cet soixante cinq, lors de
l'hiver particulièrement rude qui sévit cette année
la en Gévaudan, une battue de villageois, conduite par
un enfant de douze ans à peine, André Portefaix, mis
la bête en fuite. Le sept février vingt mille hommes
la débusquèrent du côté de Mont- Grand. Touchée
par les balles de mousquets d'un bataillon de dragons,
la bête parvint pourtant à se sauver. Le neuf février
elle se vengea en décapitant une jeune fille de
Mialanettes, paroisse du Malzieu. Les chroniques de l’époque
rapportent ainsi
ces faits « Rousset, propriétaire à Mialanettes,
avait une fillette âgée de quinze ans environ. La bête
la prit à l'endroit appelé Vallat-Chirac. Elle
lui mangea l'estomac et lui coupa la tête qu'elle
emporta de l'autre côté de la rivière, dans la
paroisse de Saint Alban. Elle la laissa sur la route près
d’un rocher appelé Malapas. Cette jeune fille avait
une croix d’or et on la retrouvera avec la tête... »
Le monstre sanguinaire amateur d'enfants et
d’adolescents continua sa curée en avril, puis en
mai, n'hésitant pas à s'aventurer dans les ruelles du
village de la Langogne, une fois la nuit tombée. Le curé
d’Aumont, un autre village de la région, témoigne
ainsi des errements de la bête : « Il faut remarquer
que cette vilaine et dangereuse bête est d'une agilité
sans égale, tantôt on la voit d'un côté, tantôt de
l'autre, dans le même jour, on la voit à sept, à huit
lieux de ce premier endroit et c’est ce qui
fait croire à plusieurs , qu’il y en avait nombre de
cette même espèce, d'autant mieux qu'elle se démontre
de différentes façons, tantôt en apparaissant grande,
tantôt fort petite ; elle se redresse sur ces deux
jambes de derrière et dans cette position elle badine
de ces deux pattes de devant ; pour lors elle paraît
de la hauteur d'un homme de taille médiocre ;
elle présente un poitrail extrêmement large ; elle
fait dans cette posture de petites singeries, on connaît
qu'elle n'est pas en fureur, du moins elle feint de ne
pas l’être. .. » La bête est-elle un loup géant ?
Un homme sauvage ? Un loup-garou ? Ou une espèce
monstrueuse inconnue et mutante ? La description faite
par le curé d’Aumont ne permet pas de trancher et
laisse l’imagination libre de poser sur la gueule du
monstre tous les masques de la peur.
«
Lorsqu'il attaque quelqu’un, il paraît avec la gueule
ouverte, il a une houppe de poils sur les yeux qu'il
redresse, de même que le poil qu’il a
fort, sur une bande noire le long de l’échine.
Ses yeux qu'il a à peu près comme ceux du loup, étincellent
sous les houppes de feu et de rage ... Cet animal parut
à la grandeur à peu près d'un âne, le poitrail fort
large, la tête et le col fort gros, les oreilles plus
longue que celle du loup, le museau à
peu près comme celui du cochon. » |
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Gare
au loup-garou.
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Afin
de tenter de mettre un terme aux agissements de la
perverse bête,
le roi Louis XV envoya sur place, en juillet mille sept
cent soixante cinq, le maître de sa chasse royale,
Monsieur Antoine, accompagné de vingt gardes. Cette
nouvelle troupe pris ses quartiers dans le château de
Besset bien résolue à en découdre avec le monstre.
Mais ce dernier ne semblait nullement impressionné par
la présence de ces émérites et royaux chasseurs.
Dés
le neuf août suivant, il égorgea
une jeune laitière au pied même du château et
lui dévora le cœur. Monsieur Antoine et ses gardes
explorèrent chaque coin de la forêt et finirent par découvrir,
à défaut de loup, un homme sauvage qui vivait dans les
bois.
Cet homme
se nommait Antoine Chastel. Il ne s'était jamais remis
des tortures que lui avaient infligées les Maures en
Afrique du Nord. Châtré, balafré et tatoué, il était
retourné à l'état de bestialité. Il se jeta sur
Monsieur Antoine en hurlant, comme l’aurait fait un
animal, et les gardes eurent bien du mal à le maîtriser
avant de le jeter en prison. L’énigme semblait enfin
résolu : la bête du Gévaudan était en réalité
un homme, ou plus exactement d’un loup garou,
l’infortuné et cruel Antoine Chastel.
D'ailleurs,
les meurtres s’interrompirent
brusquement dès qu’il fut incarcéré. Faute de
preuves, il fut néanmoins remis en liberté le premier
septembre, et les attaques de la bête reprirent aussitôt.
Dès le lendemain le corps d'une jeune fille fur retrouvé
mutilé. Le neuf septembre, une autre jeune fille fut
retrouvée déchiquetée. Le treize septembre, une
fillette de douze ans disparus à son tour. Antoine
Chastel, lui, demeurait introuvable.
Il
fallut attendre le dix neuf juin mille sept cent
soixante sept pour que cette suite ininterrompue de
massacres cesse enfin.
Ce
jour-là, une véritable armée investit les bois du Gévaudan,
au sein de laquelle se trouvait Jean Chastel, le père
Antoine, qui avait eu soin de placer dans son mousquet
une balle d'argent, seule arme capable de venir à bout
d'un loup-garou car il était persuadé que son
malheureux fils errant était bien l'un de ses monstres.
À
un certain moment Jean Chastel s’isola un instant pour
sortir son livre de prière et invoquer le secours de la
Providence. Soudain, il se sentit mal à l'aise, comme
si quelqu'un était en train de l'observer. Il leva les
yeux et croisa le regard de la bête qui l’observait de
ses yeux rouges.
Sans hésiter Jean arma son mousquet et tira presque à
bout portant. La bête s'écoula, tandis qu’alertés
par la détonation, les autres chasseurs surgissent des
quatre coins de la forêt.
La
bête de Gévaudan était morte. Il ne s'agissait pas
d'un homme, Antoine Chastel, en effet, reparut plus
tard, sans que les agissements de la bête reprennent,
ni d'un monstre surgit des Enfers, mais d'une sorte de
loup géant dont la fourrure rougeâtre était rayée de
bandes noires avec une marque blanche en forme de cœur
sur la poitrine, doté de pattes épaisses et d’un
poitrail exceptionnellement développé. L'extrémité
des pattes comptait une griffe supplémentaire. Ont
conclut à une espèce mutante de loup, mais l’énigme
ne fut
jamais totalement résolue. En tout cas, en trois ans la
bête de Gévaudan avait fait une centaine de victimes
et avait terrorisé la région, au point qu’on ne peut
citer son nom aujourd'hui sans
ressentir de l’effroi …Et si la bête revenait
un jour ? |
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