Cette
légende s’'inspire sans doute d'un fait historique.
Mais comme souvent
dans ces contrées du Nord-Ouest de l'Europe,
les faits réels sont à la fois transcendés et
transformés par les narrateurs, chantres, bardes et
poètes, harpeurs et jongleurs de Bretagne, qui
avaient le don de les magnifier et de les transmettre
avec un tel talent de conteur et de musicien, un tel
sens du spectacle et du rêve, qu’ils
transportaient, pour un court instant leur auditoire
dans un autre monde, ou des êtres de chaire et de
sang, leurs égaux pourtant, était capable d'agir
tels des dieux c'est-à-dire, peu à peu, des saints,
des dieux antiques s’éloignant de plus en plus de
la mentalité et de la mémoire des hommes et des
femmes du Moyen Age, mais les saints ne sont après
tout que des dieux vivant sur Terre parmi les hommes,
d'accomplir des actes héroïques, exceptionnels, hors
du commun, y compris de produire des phénomènes
surnaturels.
La
légende d'Arthur.
Cette
légende présente tous les ingrédients d'une récupération
culturelle et démagogique, si l'on ose dire, à des
fins politiques, religieuses et colonialistes, de
croyances d'origine celte pour la plupart, si l'on
veut bien considérer que l'Europe des Celtes était
constituée de peuples de cultures diverses qui
avaient en commun la religion des druides. Mais le
colonialisme culturel, lorsqu'il est bien orchestré,
est sûrement le plus efficace et le plus durable qui
soit. La preuve en est qu'il s’est si bien implanté
dans les mentalités des peuples de l'Europe qu’on
parle aujourd'hui d'une culture judéo-chrétienne. Ainsi, on peut considérer au début du IIe millénaire de notre ère,
les croyances provenant en réalité des antiques Mésopotamie
et Égypte, mais revue, digérées, interprétées et
corrigées par les savant et philosophes chaldéens,
grecs, romains et juifs issus de la diaspora bien sûre,
synthétiser dans le mythe du Christ et revendiqué
par l'Eglise, on peu à peu évincé d'autres
croyances, qui étaient incarnées par un ordre
religieux extrêmement austère et élitiste : des
druides. Toutefois,
il ne fait aucun doute que c'est l'ordre religieux des
druides qui a aussi inspiré les ordres monastiques
qui ont commencé à naître un peu partout en Europe,
au nom du Christ bien sûre, dès que les druides sont
entrés dans la clandestinité pour finalement disparaître,
sauf dans les habitudes et mœurs des peuples qui, un
peu partout en Europe ont conservé certaines des
croyances certains des cultes même, inhérents à la
religion druidique. Ainsi
donc, il y aurait eu, quelque part sur une île hypothétique
au-delà des mers (l'Irlande sûrement), un roi initié
par un druide aux sciences et magies de la nature il
s'agit de Merlin, dit l’enchanteur, bien sûr qui,
unissant les peuples dispersés et souvent rivaux se
serait levé contre le joug sanglant des Romains et
aurait fini par les vaincre et les chasser hors de son
île.
En
l'espace de six siècles environ, ce qui fut sans
doute à l'origine des faits d’armes d'un guerrier
et héros local s'étant opposé aux colons romains et
ayant réussi là où d'autres avaient échoué avant
lui, et même encore après lui d'ailleurs devint une
légende à part entière, habilement transposée pour
que, dans l'esprit de ceux qu'ils l’écoutaient,
elle devienne l'histoire exemplaire d’une conversion
au christianisme.
En
effet, la légende d'Arthur telle qu'elle fut
finalement narrée et immortalisée par les Chrétien
de Troyes au
XIIe siècle, fut le merveilleux catalyseur poétique
dont l'élite culturelle d'alors s'est servie pour
semer la graine de l'esprit du Christ dans les
mentalités païennes, avides de cultes et rites
divers, mais tous voués à des représentations
magiques et mythiques de la nature.
La table ronde du cosmos.
Cette
légende fut donc transmise par voie orale pendant des
siècles. Il semble que le premier auteur à avoir mis
le récit de cette légende par écrit est le poète
anglo-normand Robert Wace qui, au XIIe siècle, lui
attribue le nom de « roman » parce qu'il rédige ce
long poème en langue romane. Et c'est dans ce premier
roman qu’apparaît pour la première fois la Table
Ronde.
Selon
ce récit, c’est Joseph d’Arimathie, un disciple
secret de Jésus du I er siècle de notre ère qui,
lors de l'évangélisation de la Grande-Bretagne, fut
à l'origine de la création de la Table Ronde, réalisée
en mémoire de la table de la Cène. « Les quatre
mille personnes qui accompagnaient Joseph, dit le récit
de Robert Wace, cherchant de la nourriture, trouvèrent
une vieille femme qui portait douze pains. Joseph qui
transportait avec lui le Saint Graal, c'est-à-dire la
coupe dans laquelle Jésus avait bu le vin lors de la
Cène, posa les douze pains sur la table, au centre de
laquelle il mit le Saint Graal qui fit miraculeusement
se multiplié les pains de sorte que tous ses
compagnons purent être rassasiés. »
«
Après cette table, il y a eu la Table Ronde, instituée selon le
conseil de Merlin, et non sans grande signification.
Elle est en effet appelée Table Ronde parce qu'elle
signifie la rotondité du monde et le cours des planètes
et des éléments du firmament dans lequel on peut
voir les étoiles et les autres astres. Aussi peut-on
à juste titre affirmé que la Table Ronde représente
le monde. »
Selon
la légende, la Table Ronde fut donc crée par Joseph
d’Arimathie et instituée par Merlin l’enchanteur.
Et bien sûr on n'y voit une parfaite représentation
du cosmos mais aussi du zodiaque, auquel font
notamment allusion les douze pains que portait la
vielle femme du premier récit, qui sont une représentation
des douze apôtres de Jésus, dont chacun présente
des caractéristiques analogiques et symboliques en
relation avec les
douze signes du zodiaque.