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L'
Origine des Noms de Famille
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Le surnom individuel devient un surnom familial,
parfois moyennant quelque adjonction rappelant la
filiation (Aumartin, Dejean, Moutenet, Grasset..,).
Ainsi formé, il n'est cependant pas au bout de son
chemin. En France, le nom de famille n'a été
véritablement et définitivement stabilisé qu'au
début de notre siècle. C'est-à-dire que, durant six
cent ans, il a pu connaître bien des vicissitudes. |
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Les premières furent des vicissitudes de langue. Ce
sont elles qui, même après son dégagement, peuvent
modifier le nom en fonction d'un parler régional ou
d'une évolution générale.
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Se sont ainsi les Charles qui sont ici Chales ou Chasles ou les
Gauthier qui, dans l’Est, sont souvent des Vauthier, ce sont
encore des charrons qui, dans les pays méridionaux, en Normandie et
en Picardie, donnent des Caron ou Carron plutôt que Charon ou
Charron. Certaines évolutions les modifient aussi par des
changements de son multiples dont le plus récent est le passage du
son « oi » au son « ai » : « je chantois » devenant « je
chantais », Langlois devenait souvent Langlais.
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Les secondes
sont nées de l’incompréhension du sens du nom. On a vu comme
bien souvent celui-ci devenait rapidement imperméable, surtout pour
les sobriquets se rapportant à une anecdote précise. C'est
pourquoi seule la connaissance de la forme ancienne peut permette de
comprendre sur quels mots il a été formé à l'origine. Nectoux,
en Bourgogne, est inexplicable si l'on ne retrouve sa graphie du XVe
siècle : « Nyquetoux », forgée sur « nyquet
» ou « niquet »,
une pièce de monnaie sans valeur (surnom de celui qui ne vaut pas
grand-chose).
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Mais les plus fréquentes, les plus nombreuses, qui même
inévitables, sont les déformations et variétés orthographiques.
Nés du langage parlé, les noms, lorsqu'ils sont appelés à être
écrits par des prêtres ou des collecteurs d’impôts ne peuvent
généralement pas être épelés par nos ancêtres analphabètes, d’où
des graphies en principe phonétiques, en tout les cas diverses, au
point de pouvoir évoluer dans le corps d'un seul et même acte pour
désigner une seule et même personne. Nul, sous l'ancien régime,
n'attachait vraiment d’importance à l'orthographe d'un nom
patronymique. Quiconque a quelque expérience des archives le sait :
les noms de famille n'ont pas d'orthographe. Deux frères, même
nés au XIXe siècle, peuvent en avoir reçu deux différents. Les
Houdin sont Oudin, les Trotrot ceux des Trottereaux… Pour mon
propre nom, les deux sons « o » orthographiables de plusieurs
façons (« o », (« au », « eau ») et terminable de même (« t
», «d » « x ») m’ont livré une bonne douzaine d'orthographes
différentes auxquelles s'ajouteront mêmes des Boucarnaud ou
Boucarnot (« bou » étant la forme patoise), voire jusqu'à
quelque Boquarnaud !
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Ce n'est qu'avec la création du livret de famille, vers mille
huit cent soixante dix sept selon les départements, que les noms
sont en principe fixés définitivement. Je dis bien, en principe,
car le paysan analphabète venant déclarer son enfant à la mairie
en mille neuf cent huit était connu de tout le village et l'on
n'aurait jamais eu l’idée d’exiger la présentation du livret
de famille oublié dans sa ferme à quatre ou cinq kilomètres (que
l’on fait naturellement à pied). Et l’acte était rédigé avec
une orthographe ou une autre.
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De
la même façon que pour les prononciations, les noms ont également
subi les conséquences de la mode orthographique faisant d’un
gasteau (prononcé gâteau), un gâteau, d'un pastre, un pâtre,
même si certains nom ont conservé la graphie ancienne, fidèle à
la forme latine comme Pastoureau ou Lasne pour Patoureau ou Lâne.
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Mais
mille autres accidents de parcours ont pu survenir. On a vu comme
Pierre Cocu, quittant sa femme et ses malheurs, part de son village
lorrain et s'établit en Anjou où l'on pourra l’avoir surnommé
Lorrain ou Leroux ou Boiteux, selon les cas. On sait que certains
noms d'origine étrangère ou régionale ont pu être traduits, des
Schneider devenant Tailleur ou Couturier.
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Au
niveau des préfixes et particules, l'instabilité est étonnante,
allant par exemple de
« Delaplace » en
un, deux ou trois mots, à « La place » en un ou deux mots et
jusqu'à
« Place » ; et tout
cela incontestablement pour une seule et même famille.
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Autre
donnée : il serait abusif de croire que tous les noms de famille se
sont formés et fixés à la même époque. Comme le contexte
général dans lequel ils se sont dégagés doit comporter beaucoup
de nuances et de corrections selon les régions, le processus et
l'époque de fixation ont pu varier de la même façon. Ainsi, dans
les Vosges, les noms ne deviennent souvent définitifs qu'au début
du XVIIIe siècle. Jusqu'à cette époque, avec les noms composés,
on a souvent affaire à une évolution en chaîne Jeanpierre, nom
patronymique, devient pour le fils Didierjean, pour le petit-fils
Grandidier... D’une autre façon, en Limousin, il n'est pas rare
de voir des familles de propriétaires terriens changer de nom au
fil des lieux habités cela jusqu'au XVIIIe siècle. Les Leygonie,
ainsi nommée parce que habitant autrefois le hameau de ce nom,
vivent désormais dans celui de La Rue. Ils seront dits Leygonie de
la Rue ou Larue- Leygonie, quitte à se transformer en Larue.
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En
Bourgogne, les vieux recensements du XVe siècle, appelés «
cherches de feux », désignent dans presque tous les hameaux et
lieux-dits les familles qui y vivent par le nom de ce lieu -dit. Les
Delavault sont à La Vault, les Demortière à Mortière. Il est
fort possible que ce soit là des noms de remplacement, donnés pour
les besoins de la cause à des gens qui n’ont pas encore, en mille
quatre cent soixante quinze, un surnom devenu héréditaire. Rien ne
dit cependant qu’ils n’en recevront pas un autre pas par la
suite.
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À
tout moment donc, pour différentes raisons et par des processus
variés, les noms de famille ont pu se voir déformer, transformer,
reformer. Il est toutefois une période qui est souvent accusée des
pires conséquences à ce niveau et pour laquelle je veux rétablir
ici la réalité : c’est celle de la Révolution de mille sept
cent quatre vingt neuf.
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Plus
personne ne le conteste aujourd'hui. La Révolution de mille sept
cent quatre vingt neuf fut une révolution bourgeoise, à
l'initiative d'une bourgeoisie exclue de la place qui aurait dû
être la sienne. Au niveau des couches populaires, elle n’a guère
présenté de conséquences directes, en dehors des délations et
règlements de compte qui ont immanquablement court lors de toute
période troublée de l'histoire. Au reste, le généalogiste que je
suis peut vous garantir qu'elle n'a pas eu, au plan de l'histoire
des familles, les conséquences que l'on prête volontiers, excepté
évidemment dans les rangs de la noblesse, considérablement
éclaircis par la machine du Dr Guillotin.
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Certaines
familles ont trouvé dans la Révolution une occasion d'ascension et
de réussite sociale et économique, comme d'autres qui ont perdu
leur position, totalement ou en partie. Mais au niveau de l'histoire
profonde des familles, la vraie rupture sera la révolution
industrielle du XIXe siècle, qui, de mille huit cent trente à
mille neuf cent, va déraciner une foule de provinciaux que le train
va déverser sur le quai d’une gare parisienne ou d'une métropole
régionale. La grande rupture est ici le changement de décor, de
vie, de profession que ressent durement l’émigré.
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Changement
de rythme, abandon des habitudes séculaires et des traditions, et
surtout, souvent, absence de culture commune avec le propre conjoint
issu d’une autre région. Rupture aussi parce que les premières
générations d’émigrés, ouvriers, mineurs, domestiques, n’ont
ni le goût, ni l'occasion de transmettre la culture familiale, d’où
autant de familles qui ignorent aujourd'hui le lieu de provenance de
leur grand-père ou de leur arrière-grand-père.
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Au
niveau de l'orthographe ou de la teneur des noms de famille, la
Révolution de mille sept cent quatre vingt neuf est toujours
soupçonnée d’avoir fait perdre ou oublier des particules,
d'avoir ressoudé des noms en deux parties, d'avoir modifié les
orthographes du genre Leroi pour Leroy. Je lai dit : pas plus avant
qu'après mille sept cent quatre vingt neuf, les patronymes n’ont
eu d’orthographe. Les prêtres dans leurs cahiers paroissiaux ont
toujours agi à ce niveau sans politique déterminée. Lorsqu'en
mille sept cent quatre vingt treize les maires ont ouvert leurs
registres d'état civil, maires quasi illettrés en milieu rural, il
n'y a jamais pu avoir volonté délibérée de changer le « look »
des noms de famille. Beaucoup de familles m’ont assuré avoir
été victimes de quatre vingt neuf quant à leur nom.
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Je
les ai toujours mises en garde contre ce genre d’a priori et
jamais la recherche sur sources n'a démenti. Tout au plus certaines
familles bourgeoises, choisissant leur camp, ont alors perdu
l'habitude de faire suivre leur nom d'un nom de terre, mais il leurs
fut toujours possible de le rétablir dès que le calme fut revenu,
sous l'Empire par exemple ou même le Directoire.
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Quiconque
à une expérience de la recherche généalogique ne saurait me
contredire. L’influence de la période révolutionnaire sur les
noms de famille est extrêmement limitée. Partir sur ces bases
risquerait, non seulement, de décevoir, mais d’encombrer
l'enquête conduite par le chercheur, qui doit partir sur des
données et des écrits et non sur des légendes. De ces dernières,
il s'arrangera simplement pour avoir connaissance afin de pouvoir
éventuellement réorienter ses recherches.
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