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En
ce qui concerne le problème précis de la vie après la
mort, le bouddhisme ne présente pas de différences très
marquées avec l’hindouisme, bien que ces religions
soient totalement différentes en bien d'autres points.
Le
bouddhiste ne croit pas à l'existence d’une âme
individuelle et éternelle. L'être humain n'est que le
transmetteur d'un flux incessant, d’une énergie
ininterrompue, d'un courant, sans cesse changeant, de «
forces » accumulées au cours d'existences antérieures.
La souffrance résulte de ce désire absurde de vouloir
être « moi » au sein d'un monde où tout est illusion
(maya).Ce désir de permanence, de stabilité,
d'individualité est la cause des renaissances dans le
monde de la douleur.
Il
existe un moyen de délivrance, celui que le Bouddha a
lui-même trouvé ( Bouddha signifie l’éveillé ), et
chacun, sans distinction de rang social ni de caste
contrairement à l’hindouisme peut atteindre à
la délivrance.
Il
faut d'abord connaître la vraie nature du monde, savoir
que tout y est illusion et supprimer tout désir pour
atteindre à la délivrance et se fondre dans l'Absolu :
le Nirvâna. Etre affranchi des passions, des désirs,
de l’individualité, des illusions du monde, voilà l'état
de bienheureux (bodhisattva)qui peut être atteint en ce
monde et de son vivant, sans faire intervenir des
notions de paradis ni d'enfer. Ce pendant, cette ascèse
physique et intellectuelle ne suffit pas à la délivrance.
Il faut aussi pratiquer un ensemble d'obligations
rituelles.
La
loi du karma est, là encore, fondamentale. C'est le
facteur déterminant de l'existence d'un individu.
L'homme qui meurt renaîtra dans un état agréable ou désagréable
selon les actions qu'il a déjà commises dans sa vie
ici-bas. Mais, et il est essentiel de bien le
comprendre, celui qui renaît n'a rien à voir avec
celui qui est mort, puisqu'il n'y a aucune préservation
de l'individualité.
Précisons
qu'il y a, comme on le sait, plusieurs écoles de
bouddhisme : l'école du sud, du Petit Véhicule
Hinayana ou Théravada (à Ceylan ), pour laquelle l'âme
est composée de cinq agrégats qui se dispersent et
vont former d'autres âmes après la mort; l'école
du Grand Véhicule Mahayana (en Chine, en Inde, au
Japon, principalement) pour laquelle l'âme, si on peut
employer ce mot inapproprié, est un tout provisoire qui
se transforme après la mort. En vérité, pour le
bouddhiste, il n’y a pas d’âme immortelle réelle
qui prenne naissance et passe par la mort d'un corps
pour renaître dans un autre.
Sous
cette forme particulière, les bouddhistes croient en la
réincarnation, bien que cette doctrine, qui existait en
Inde bien avant la maison de Bouddha, une figure pas
expressément dans l'enseignement primitif du Bouddha,
qui est resté assez silencieux sur la question de l'âme
et de sa survie.
Le
Tibet mérite une attention particulière car la forme
du bouddhisme qui y est pratiquée est différente de
celles du Japon, de la Chine et de Ceylan. C'est
d'ailleurs pour cela qu'on emploie parfois le mot lamaïsme
pour désigner la religion tibétaine.
Les
Tibétains insistent sur l’instant de la mort. C'est
la dernière chance offerte à l'individu pour réaliser
sa vraie nature et pour « s’éveiller ». Un passage
et un instant incomparable que toute la vie consiste à
préparer. Réussir sa mort est donc pour le Tibétain
le vrai but de la vie. Un livre existe pour l’aider :
Le Livre des morts tibétains, le Bardo Tôdol.
Les mots Bardo Thôdol, ainsi que le précise
Alexandra David- Néel, signifient « texte dont
l'audition délivre du Bardo>>. Le Bardo est l’état
intermédiaire dans lequel demeure l’entité désincarnée
depuis le moment de la mort jusqu’à la réincarnation.
Le Bardo, c'est l’entre- deux, entre la mort et la renaissance. Notons au
passage que le mot « mort » ne figure pas dans le
Bardo Thôdol. La traduction « livre des morts » est
donc générique, approximatif. Ce serait plutôt le
livre de la libération ou le livre de la grande libération
par l'écoute.
Le
Bardo Thôdol n'est pas seulement un recueil
d'instructions et encore moins le rituel d’une sorte
de messe des morts.
«
Plus qu'un
guide des morts, c'est un guide pour tous ceux qui
veulent dépasser la mort en métamorphosant son
processus en un acte de libération », explique Lama
Anagarika Govinda dans la présentation du Bardo Thôdol.
Seuls
les occidentaux ont pris l’habitude de considérer le
Bardo Thôdol comme une sorte de « guide du voyageur de
l'au-delà ».
Une
fois mort, on passe dans un état intermédiaire qui
dure au maximum quarante neuf jours (sept fois sept,
nombre sacré ).
Le
Bardo Thôdol est psalmodié par les lamas officiants au
chevet du mourant ou du défunt qui est censé entendre
encore. La bouche tout près de l'oreille au moment où
cesse la respiration extérieure mais où le souffle intérieur
de vie n'a pas encore disparu.
Pendant
la lecture du Bardo Thôdol, il est interdit aux parents
et aux amis de pleurer car ce serait une source de
distraction mauvaise pour le mort qui doit concentrer
son attention sur l'état intermédiaire où il entre et
non sur ce qui est déjà pour lui le passé.
La
lecture de ce texte a pour but de l'éclairer sur ce
qu'il attend. C'est ce voyage mental, lucide qu’il doit accomplir afin de se libérer
de la chaîne des réincarnations ou, faute de mieux, de
se procurer une agréable renaissance.
Avant
que la respiration ne cesse, on répète ou mourant :
« Voici le moment de chercher une voie car la lumière
fondamentale va t'apparaît, voici le moment de la
reconnaître… » Et lorsque la respiration et sur le
point de s'arrêter, ont tourne le défunt sur le côté
droit dans la position du lion couché c'est-à-dire le
bras replié sous la
joue, jambes tendues, éventuellement légèrement repliées
(position dans laquelle dorment les moines bouddhistes
reprenant celle de Bouddha quittant la terre
pour passer dans le Nirvâna).Cette position à
une utilité : elle oblige la circulation du
souffle à passer dans le canal subtil central en
bloquant les canaux latéraux. Le canal subtil, où
passe l'énergie vitale, n’est évidemment pas décelable
par le bistouri mais seulement expérimentale par la
pratique du yoga. Le corps est traversé par trois
canaux subtils, un central et deux latéraux ;
c'est en eux que coule la force de vie, très liée au
souffle vital est donc à la respiration. Le
souffle de vie (prana en sanskrit) peut alors s'échapper
par le sommet du crâne considéré comme la porte d'accès
à la délivrance du cycle des renaissances (à
rapprocher des traditions occidentales qui ont considéré
que l'âme, à la mort, s'échappait par le sommet de la
tête).Alexandra David- Néel rapporte que « l’éjaculation
de la syllabe hick, sur un ton particulier,
provoque le jaillissement du namshé (la
conscience) hors du sommet du crâne du mourant et la
projection soudaine de ce namshé dans le paradis
de la grande béatitude ».
Le
maître habilité à scander ce hick doit être
un grand initié. Cette syllabe au son perçant est
suivie d’un péth au son grave qu'on doit
prononcer quand on est sûr de la mort, car la
succession de ces deux syllabes provoque la mort à coup
sûr (c’est même une technique de suicide), précise
Alexandra David Néel. Si le souffle vital sort par
d'autres orifices que le sommet de crâne (anus ou
bouche), la réincarnation sera mauvaise.
Commencent
alors les conseils de vigilance qu'on adresse au
mourant. Il convient d’entrer dans l’au-delà
conscient et en état d'éveil du spirituel :
Conserve
fermement ton esprit lucide
Si
tu souffres, ne t’absorbe pas dans la sensation de ta
souffrance…,
Demeure alerte…
Tes
consciences, se séparant de ton
corps, vont entrer dans le « Bardo » Fait appel
à ton énergie pour les voir en franchir le seuil en
pleine connaissance.
Rejetant
toute croyance en un « égo », tout attachement à ton
illusoire personnalité, dissous ton non-être dans l’Etre
et sois libéré.
Suivent
maints conseils où reviennent comme un leitmotiv « détache-toi
», « n'aie pas peur », « ne soit pas distrait ».
Le
mort va franchir alors les trois états intermédiaires.
Le
premier état du Bardo dure trois jours et demi. Le
mourant est entouré d'une vive lumière, il ne sait
plus ni où il est ni où il va. Il doit, pour être libéré
de cycle des renaissances, reconnaître cette lumière.
S’il
a pratiqué durant sa vie des exercices spirituels, sous
la conduite d’un maître lama, qui lui as déjà
appris à reconnaître cette lumière, il sera tout de
suite libéré.
Mais
s’il n'a jamais pratiqué d'exercices spirituels, il
ne saura pas la reconnaître. Il passera dans le second
état intermédiaire du Bardo.
Cette
lumière, vive, sans couleur, éblouissante, est la
structure même de l’être. Les Tibétains l'appellent
la « luminosité de la vérité en soi » ou « la
connaissance du corps de vacuité ». Le mort, qui a
pratiqué pendant sa vie des méditations sur la lumière
sait que l’essence intime incréée de l'esprit est
lumière (c'est ce qu'on appelle la vacuité)
Le
premier état du Bardo dépend donc du degré de
spiritualité atteint par le défunt avant sa mort, de
son expérience et de son entraînement et s'adresse à
ceux qui, de leur vivants, ont pratiqué des exercices
spirituels de haut niveau.
Les
autres vont devoir continuer à errer. Mais une deuxième
chance de reconnaître la lumière leur est offerte.
Le
deuxième état du Bardo survient dans le cas où, la
première luminosité n'ayant pas été perçue, une
deuxième doit apparaître. Comme dit le texte, « il
faut un peu plus que le temps de la consommation d'un
repas ».
La
qualité du karma détermine la durée de ce deuxième
état. Si les canaux subtils sont « encrassés », la
lumière est plus longue à être perçue. À ce
moment-là, le mort perçoit les sons, la
lumière et les rayonnements, voit ses parents
pleurer et entend leurs lamentations.
Dans
ce Chonyid Bardo, deuxième état intermédiaire
appelé « pur corps illusoire », le mort reçoit de
violentes apparitions dues à son karma. La crainte,
l’épouvante, le
paralysent. On dit
au mort : « Jusqu'à hier tu étais dans la
luminosité de la vérité en soi mais tu ne la pas
reconnue. À présent, tu va expérimenter l'état
intermédiaire du devenir. » On ajoute aussi que le
mort ne doit pas s’accrocher à la vie, qu'il doit
consentir à partir au-delà de ce monde. Après tout,
« il n'y a pas qu’à toi que cela arrive c'est le
sort de tous ».
Ces
apparitions terrifiantes, le mort doit savoir qu'elles
ne sont que manifestations de ses pensées, qu'elles
n'ont pas d'existence matérielle. Ce ne sont que des
projections de l'esprit et il doit les tenir pour telles..
Si
le mort ne s’effraie pas de ces apparitions car il a
appris à les tenir pour des projections mentales et se
remémore les enseignements qu'il a reçus à ce sujet,
il peut alors être délivré.
En
revanche, si les visions le terrifient à tel point
qu’il s'accroche à elles, incapable d’en reconnaître
la vraie nature, il descend alors dans un tourbillon qui
le mènera inévitablement à la réincarnation. Il aura
deux sortes de visions à ce moment-là : celles
des divinités paisibles et celles des divinités
courroucées.
Le
huitième jour, par exemple, et pendant plusieurs jours,
apparaissent les légions divines des « buveurs de sang
». Si le mort reconnaît que ces visions
sortent du centre de son propre cerveau, il n'a
aucune raison d'avoir peur et, dans ce cas, peut être
libéré immédiatement : «
Tu seras Bouddha
», dit le texte. « Noble fils, ne craint rien
lorsque cela t’apparaît. Puisque tu es un corps
mental produit par tes tendances inconscientes, tu ne
peut mourir en réalité, même si on te tue ou te hache
en morceaux. Et puisque les émissaires de la mort sont
également tes propres projections, il n’existe en
elles aucune réalité matérielle. Toutes ces visions
ne sont, pour le Tibétain, que le jeu de l'esprit.(On
comparera avec les travaux effectués par le docteur
Karlis Osis sur les visions à l'approche de la
mort, qui conclut à l’opposé que les apparitions aux mourants ont bel et bien une certaine réalité)
Tout
cela est expliqué au mort sept fois. Et si vraiment son
aveuglement, dû à un lourd karma, est tel qu'il ne
peut obtenir « la vue pénétrante » (c'est-à-dire la
compréhension intuitive de ce qui lui arrive), il
passera alors dans un troisième état intermédiaire.
Les deux précédents états
(environ vingt quatre jours et demi) n'ayant pas encore
permis la libération du défunt, le troisième état le
Sridpa Bardo, doit lui offrir une ultime possibilité.
La vitalité du mort est encore si forte qu'elle aspire
à s'incarner de nouveau. Le corps mental, celui qui est
déjà dans l'autre monde, croit qu'il a besoin de
nouveau d'un corps physique et commence même à se le
représenter : « Tu as l’impression d'avoir le
corps donc tu disposait précédemment. »
Le
mort, bien sûr, ne doit pas se laisser influencer par
cette illusion. Son corps mental est immatériel, il
peut traverser les maisons, la terre, les rochers, les
collines, sans être arrêté. Il peut se transporter
instantanément à l'endroit désiré. Il suffit d'y
penser pour y être. Avec ce corps, il peut rencontrer
ses parents et amis comme dans un rêve.
Le
mort souffre : il réalise qu'il est mort, sans
communication possible avec les vivants. Une terrible
obscurité l'envahit. Des cris le poursuivent, des
hurlements. Il a froid. Il a peur. Et c’est à ce
moment qu'il regrette de ne plus avoir de corps physique :
« Oh ! que ne donnerais-je pas pour avoir n'importe
quel corps ! »
C'est
une souffrance intolérable qui peut durer jusqu'à
vingt et un jours. Il doit reconnaître que cette
souffrance est due aux fruits de ces actes, karma. Lui
apparaîtront alors un bon génie, qui comptabilisera
ses bonnes actions avec des cailloux blancs, et un
mauvais génie, qui fera de même avec ses mauvaises
actions et des cailloux noirs. Dans un miroir, le mort
verra clairement le bien et le mal. Yama, le dieu de la
mort, lui tranchera la gorge. Terrible épreuve !
mais tout cela n'est qu’illusion puisque tout est
vacuité, projection de l'esprit.
Le
corps mental ne pas être détruit. Il n'y a ni bon ni
mauvais génie, rien que des illusions à reconnaître.
La
lucidité est donc, pour les Tibétains, le gage de la
libération. Savoir que tout est vacuité, l'expérimenter
de son vivant ou, à défaut, à l'ultime occasion de
connaissance qu’est la mort, permet d'échapper aux
renaissances pour s’unir au divin en une félicité éternelle.
Malgré
la loi du karma, le mort garde un pouvoir de décision
sur sa future destinée car tout dépend de son état
d'esprit au moment de la mort.
Quant
aux exercices spirituels (méditations, yoga,
initiations) pratiqués du vivant de l’être, ils
donneront à celui-ci au moment d'accéder à la vie
future la potentialité de la délivrance ou d'une réincarnation
réussie.
Avant
d'aborder l'examen des cas de réincarnation ou considérés
comme tels, il importe de savoir ce que
peut signifier ce mot, quel en est le contenu.
Autrement
dit : qu’est-ce qui se réincarne ? Qu’est-ce
qui quitte ce corps et entre dans un autre ? Est la totalité de la personnalité ?
Est-ce une forme psychique subtile qui revêt une
enveloppe de chair? Est-ce quelque chose d'impalpable
qui prend forme en chair et en os ?
Avant
toute discussion sur la réalité de la réincarnation,
il paraît indispensable de connaître, au moins dans
les grandes lignes, la réponse des croyant hindouistes
et bouddhistes.
En
aucun cas, on ne peut
dire : Pierre Durand, mort, est maintenant réincarné.
La personnalité de Pierre Durand, son identité, son «
je », ne sera jamais réincarné de manière identique.
L'hindouisme
comme le bouddhisme sont formels sur ce point. Les
hindouistes ne sont pas attachés à la survie de la
personnalité dans la mesure où celle-ci est un composé
d'agrégats en perpétuel changement.
Impermanence
et survie sont contradictoires. Les bouddhistes nient
toute identité réelle, il n'y a pas de moi, pas de
personne, rien qu'un flot d'énergie continu. C'est la
continuité qui donne l'impression erronée d'une
identité. Mais elle est illusion. Dans cette optique,
il ne peut y avoir survie d'une identité puisse qu'elle
n'existe pas.
Ce
n'est pas une âme pure, immortelle et non perfectible
qui passe d’une existence
à l’autre
à chaque nouvelle mort. Les bouddhistes ne
souscrivent pas à l'immortalité de l'âme pas
plus qu'il ne croit en un Dieu créateur.
«
Dans
notre monde, écrit Dagpo Rimpoché dans le Dalaï
Lama, on
trouve l'agrégat de la forme, de la sensation, de la
perception, de la volition, de la conscience ou pour
simplifier, le corps et l'esprit. À la mort le corps ,
l'agrégat de la forme est abandonné mais les quatre
agrégats mentaux, plus subtils perdurent Leur
continuum, l’être
lui-même se réincarne et se manifeste dans la
vie suivante, soit dans ce monde, soit éventuellement
dans un autre des six domaines, puisqu'il y a plusieurs
mondes. »
L’être
est un composé très complexe mais derrière tous ces
composants, il y a « le Maître qui manipule ce matériau
complexe, l'Artisan de cette miraculeuse oeuvre d’art
», comme dit Aurobindo. Pour préciser sa pensée, il
ajoute : « Ce qui était l’élément divin dans
la magnanimité du guerrier, ce qui s'exprimait dans sa
loyauté, sa noblesse, son courage élevé… demeure
et, dans d'une nouvelle harmonie de caractère,
peut trouver une nouvelle expression pour former
des pouvoirs utiles à la réalisation ou à l’œuvre
qui doit être accomplie pour le Divin. »
Le
problème de la réincarnation n'est donc pas de considérer
que telle personnalité a repris forme dans une nouvelle
boîte de chair (il est vrai qu'on ne voit guère
l’utilité de prendre
les mêmes pour recommencer…)
Dans
certains cas la réincarnation s'accompagne de
l'incarnation d'un élément divin. Il ne s'agit plus
seulement de la renaissance d'un être, une personnalité,
mais plutôt de la perpétuation d'une sainteté.
L'esprit
d'un imminent personnage, ses qualités spirituelles et
intellectuelles, une émanation de sa pensée, de ses
vertus, de ces oeuvres, se perpétuent en réapparaissant
dans le monde après sa mort, dans la forme physique
d'un enfant.
L'exemple
le plus célèbre est celui du Dalaï Lama qui manifeste
la présence terrestre de Chenrézi, le bodhisattva de
Compassion, protecteur duTibet. Pour un Tibétain, un
lama pleinement réalisé est capable de choisir les
circonstances de sa future incarnation et prédire avec
exactitude le lieu où elle se produira. Celui-ci peut
diviser sa renaissance en deux ou trois corps. En effet,
il peut apparaît dans le corps d'un enfant, dans la
parole d'un autre et dans l'esprit du troisième. Le
corps, la parole et l'esprit constituent trois entités
séparées qui, réunies, forment la personne complète.
On choisit sans hésitation le garçon qui manifeste
l'esprit, car c'est l'esprit qui régit la parole et le
corps et il sera en mesure d'amener sa propre parole et
son propre corps à la conformité exigée.
Les
Tulkous sont toujours des bodhisattvas, des êtres éveillés,
libérés, qui se sont consacrés par vœu à la libération
des autres créatures et c'est donc pas bienveillance et
par compassion qu'ils se réincarnent.
Ces
réincarnations se font dans la même mission
monastique, c'est-à-dire dans la même lignée
spirituelle doctrinale.
Une
des fonctions essentielles des Karmapas est de découvrir
les Tulkous Ces enfants prédestinés se révèlent
d’une intelligence précoce et ayant des grandes
dispositions spirituelles. Leur naissance coïncide
souvent avec des prodigues, pluies d’oiseaux,
arc-en-ciel, etc. Mais l’enfant est « reconnu. »,
après de nombreux tests, par les sages qui sont à sa
recherche. Le Dalaï Lama actuel, le quatorzième,
raconte comment, à l'âge de deux ans, il fut reconnu
par le chef des lamas entré anonymement dans une maison
au toit turquoise. Il portait à son cou un chapelet que
l'enfant demanda à voir. Le chef promis de le lui
donner si l'enfant devinait à qui il avait affaire.
L'enfant répondit «Séraaga », c'est-à-dire lama du
monastère de Sera à Lhassa. C'était juste et
l’enfant désigna aussi chacun des compagnons du lama
par son nom.
Phendé
Rimpoché, grand lama, chef de l'école de Ngor
(aujourd'hui réfugié à Évreux en Normandie),
lui a fait parvenir la photo de sa réincarnation.
Très tôt, sa naissance avait été prédite par un
grand lama comme émanation volontaire d'une sainte lignée.
C'est à l'âge de trois ans qu'il fut reconnu
officiellement comme la sixième réincarnation de
Palden Tcheutchong, lui-même réincarnation de Birwapa,
un grand mahadiddha de l’Inde.
Le
chef de la lignée des Kagyupa, Sa Sainteté Gyalwang
Karmapa (mort en mille neuf cent quatre vingt un et dont
la nouvelle incarnation devrait être trouvée bien
qu'elle ne soit pas encore officiellement reconnue) était
un Tulkou qui fut découvert grâce à une lettre laissée
par son prédécesseur révélant le moment est le lieu
de sa future incarnation. Il indiquait avec précision
la famille, le jour et les descriptions des lieux.
L'examen du thème astrologique joue également un rôle
déterminant.
Le
Bardo Thôdol indique que le trépassé est un être libéré
s'il a su reconnaître la Lumière fondamentale et
s’unir à elle. A l’instant précis où la force
psychique s'échappe par le sommet de la tête, le
Principe Conscient choisit son futur réceptacle. C'est
ce qui se passerait pour les Tulkous et qui permettrait
de comprendre cette réincarnation qui continue d'être
aussi mystérieuse que la vie elle-même. |