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C'est
évidemment l'idée que se fait un hindouiste de la
nature du moi qui éclaire sa conception d'une existence
future. Dans l'hindouisme, le Brahman, l'Absolu, le
Principe créateur de toutes choses, l’Essence
transcende toutes les formes d'existence et, lorsqu'il réside
dans un individu, prend le nom d’Atman. Cette
conception diffère de celle du christianisme, pour
lequel l’âme a été créée par Dieu pour chaque
individu.
L’Atman
hindou n’est autre que Dieu lui-même, l'Absolu. Ce
qui lui confère son caractère éternel. Quand l’Atman
est engagé dans le cours d'une existence humaine, il
devient Jîva (
vivant ) ou une âme individuelle. Si l’Atman
est éternel, indestructible, où est-il avant la
naissance de l’individu ? Où va-t-il après sa
mort ?
Dans
la Bhagavad-Gîta, Krishna propose cette réponse :
Tout
comme l’on jette les vêtements usagés
Pour
en revêtir de neufs,
Ainsi
va l’âme incarnée jette-t-elle les corps usés
Pour
en revêtir de nouveaux.
Alexandre
David- Néel écrit à ce sujet : Le Jîva
principe vital survivant au corps tel que l'entendent
les Hindous, diffère passablement de l'âme et joue un
rôle différent. Tandis que l'âme, d'après la
croyance occidentale, est créé de toutes pièces lors
de la naissance de l'individu, le Jîva est de beaucoup
l’aîné du corps de l'homme, l’aîné de la forme
physique que la naissance introduit dans notre monde. En
fait, il existe depuis une période de temps
inconcevable et a cheminé de réincarnation en réincarnation
jusqu'au moment où il apparaît sur la terre revêtu
d'une forme humaine. Toutes les âmes procèdent de l’Atman, âme universelle, et sont
aussi nombreuses et diverses que le sont les corps dans
lesquels elles s'incarnent.
C’est
la doctrine de la transmigration, samsâra (
cours commun, littéralement en sanscrit.)
L’Atman
à pu être comparé au fil d'un collier dont les perles
seraient les réincarnations successives. La mort, dans
un tel contexte, n'est qu'un épisode au même titre que
la naissance.
Cette
transmigration, samsâra, est symbolisée par la
roue à eau, chaque aube étant une forme d'existence ou
par la roue cosmique, le Brahman étant l’essieu,
l'axe du monde, et la circonférence étant formée par
la chaîne ininterrompue des morts et des renaissances.
Le
samsâra est lié aux principe fondamental de l’impermanence. Rien dans le
monde n'est fixe, immuable ; au contraire, tout change
continuellement. Nous constatons que nous sommes
impermanents puisque nous sommes sujets à la mort ; Que
les animaux font sur terre un bref passage ? Que les
plantes, les minéraux eux-mêmes ont une fin. Nous
savons que notre terre, quand notre soleil s'éteindra,
disparaîtra elle aussi. À l'intérieur de nous même,
biologiquement est psychologiquement, il y a un
changement incessant à chaque minute de notre vie. Dans
ces conditions, pourquoi existerait il une âme
individuelle qui serait
éternelle ? Ce serait contraire
à la vie et à son évolution.
Seul
l'Absolu est immuable mais les êtres vivants circulent
sans cesse, passent, permutent, disparaissent… Les rôles,
les places de chacun sont déterminés par ses mérites.
Il n'y a pas de hasard. Chaque être est responsable de
son destin et ses actes déterminent la qualité de la
renaissance qui va suivre. Le Mânava Dharma Shâstra
est le texte hindou essentiel qui élabore la théorie
des lois de la transmigration. Cette renaissance
n’exclut pas d'ailleurs que l'individu et son âme
puissent, avant de renaître, passer quelques temps en
enfer ou en paradis.
Le
samsâra
ne délivrant pas de la souffrance terrestre, le but de
la vie spirituelle hindoue est de proposer une voie pour
être délivré de cette chaîne infernale des réincarnations
successives et d'éviter définitivement la possibilité
de renaître.
La
réincarnation, dans la pensée hindoue, n'est pas un
dogme ni un article de foi. C'est une théorie utile
pour que chacun, comprenant que ses actes le suivent,
entame un processus d’évolution et de purification de
sa vie actuelle. Une seule existence terrestre ne suffit
pas à s'identifier au divin, d'autres existences
permettront d'avancer vers la délivrance moksha.
Cette
délivrance commence par la connaissance de la position
captive de l’Atman, puis par la pratique des voies qui
vont délivrer cette âme prisonnière : Le but
de toutes les questions concernant ce qui arrive après
la mort est de nous encourager à chercher la
connaissance spirituelle plutôt que de nous dévoiler
vraiment où nous pouvons aller après la mort, précise
Swami Ritajânanda, qui dirige en France le centre Râmakrishna.
Le yoga est, bien entendu la voie privilégiée, quelle
que soit la forme du yoga pratiquée, pour atteindre
cette délivrance.
Mais
qui est responsable de la captivité de l'âme ?
C’est
l’acte, le karman : que l'on agisse en pensée,
en paroles ou par des gestes, l’acte que l'on aura
accompli portera fruit, bon ou mauvais, et déterminera
la vie future, meilleure, égale ou inférieure.
Mânava Dharma Shâstra.
Or
l’acte, ce n'est pas seulement le fait d'agir mais le
simple fait d'exister, puisque que la vie est acte.
Et puisqu’il n’est pas possible de vivre sans
désirer, c’est le désir qu’il faut supprimer,
c'est le désir qui est la source de tout acte et donc
de toute la souffrance. Le délivré vivant est celui qui a supprimé tout désir.
Seul
celui qui a atteint cette délivrance du désir
parviendra à faire cesser la chaîne des réincarnations.
Un but plus qu'une réalité. Car ceux qui peuvent
parvenir à cet état sont si peu nombreux que la réincarnation
et ses souffrances restent le lot du plus grand nombre.
D'après
la croyance populaire générale, la réincarnation a
lieu peu de
temps après le décès. On peut aussi renaître dans le
monde des dieux, puisqu'ils sont mortels bien que
d’une durée infiniment
plus longue que celles des humains ou chez les
animaux ainsi que l'expliquent les Loi de Manu.
Mais les désincarnés
peuvent séjourner un certain temps au royaume des morts
où règne
Yama, le dieu des morts.
Comme rien n'est éternel, l’enfer lui-même n'est
qu'un mauvais moment à passer…
Selon
cette loi du karma, tous les actes qui renforcent l'ego,
l égoïsme
la passion, la violence… augmente
le karma de l’être et le destinent après sa mort à
une existence plus basse et donc plus douloureuse. Tous
les actes qui allègent les tendances personnelles générosité,
fidélité…
permet au contraire une réincarnation plus élevée ;
de vie en vie, de progrès en progrès, un sage
parviendra un jour à échapper au cycle des
renaissances et à s'unir définitivement au Brahman, à
l’Un, à l'Unique. On comprend alors le sens, l'utilité,
la nécessité de la renaissance : s'il y a une évolution
de conscience dans un corps, la renaissance est un mécanisme
nécessaire à l’évolution.
La
raison de notre présence ici, dit Aurobindo, est que
nous sommes l'instrument de l'Esprit pour son déploiement
vers le haut. L’âme naît pour avoir des expériences,
pour croître, pour évoluer jusqu'à ce qu'elle puisse
amener le Divin dans la matière.
C’est
l’être central qui s'incarne, non la personnalité
extérieure, qui est seulement un moule. Les progrès
accomplis en plusieurs vies successives justifient à
eux seuls la croyance en la réincarnation.
Alain
Daniélou précise que la théorie de la réincarnation
n'apparaît que dans l'hindouisme tardif car elle
n'appartient pas au shivaïsme, qui est la religion
primitive de l’Inde, ni au védisme. Elle provient du
jaïnisme qui l’a transmise au bouddhisme, puis à
l'hindouisme moderne, écrit-il en apportant à cette
affirmation d'autres précisions intéressantes :
la croyance dans la survie de l'individualité humaine
ainsi que la théorie de la réincarnation sont liées à la doctrine du
karma, qui suppose la permanence d'un moi que le shivaïsme considère comme éphémère. Le destin des êtres
vivants, selon le shivaïsme dépend essentiellement de
la fantaisie du Créateur et non pas de leur karma. Le
shivaïsme n’accepte pas la théorie du karma car elle
limite l’omnipotence
de l’être divin,
son droit à l’injustice. Tout dans l’univers
dépend de la fantaisie, de la grâce de Shiva.
L’immortalité n’existe pas, tout ce qui a commencé
aura un jour une fin.
On
voit donc que, lorsque nous parlons ici de
l’hindouisme en terme général, il convient
d’apporter des nuances rigoureuses dans lesquelles
nous n’entrerons cependant
pas, faute de place. |