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Sainte Apolline

                              

 

 

          

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Vierge d'Alexandrie, Apolline n'apparaît pas dans l'histoire avant son martyre en deux cent quarante neuf. Et qu'el martyre ! Ces tortionnaires lui frappent d'abord violemment les mâchoires à coups de pierres jusqu'à ce que toutes les dents tombent. Ils élèvent ensuite un bûcher et menace de l’y jeter vivante si elle ne prononce avec eux des paroles impies.

 Pour toute réponse, Apolline s'élance dans le feu et y est consumée. La légende ajoute que tandis qu'on lui brisait les dents, elle adressa cette prière à Jésus. « Que tous ceux qui feront mémoire avec dévotion de l'intensité de la douleur que j'éprouve ne ressentent jamais ni douleurs de dents ni douleurs de tête. » Un ange nimbé de lumière apparut aussitôt pour lui annoncer que sa prière était exaucée.

L'histoire et la légende ont suscité un culte particulièrement vivant en Normandie où l'on prie la sainte pour la guérison des maux de dents et plus spécialement lors de la pousse des dents chez les nourrissons.                              

   
 

Dans la Manche, à Saint-Eugienne (canton de Brécey), on pique des épingles dans les jambes et sur la jupe d'une statue qui porte à son bras gauche un chapelet de molaires alignées sur un cercle de fil de fer. À Pontmain(en Mayenne), lieu très fréquenté par les pèlerins de la Manche, on les pique dans le cadre de bois protégeant la nouvelle statue, l'ancienne sculpture en bonnes pierres du pays avait subit tant d'attouchements de pointes d'épingles sur les joues (on opposait la pointe aigue à l'endroit précis correspondant à celui de son propre mal) qu'elle était défigurée au point de n'être plus « présentable ».

Cette coutume de piquer les épingles paraît fort répondue (il va de soi que nul ne courrait le risque d'aggraver son mal par utilisation d'une épingle déjà opposée, la sanction immédiate et cruelle étant gravée en bonne place sur les tables de coutume).

À Agneaux (canton de Saint-Lô), le culte est de plus en plus suivi bien que la longiligne statue moderne plaquée au mur dans la chapelle de Saint-Jean Baptiste (autrefois chapelle Sainte Apolline) ne paie guère de mine. Les pèlerins trouvent à leur disposition un texte de prières, des cierges, des veilleuses votives. Ils peuvent demander des messes en utilisant la fiche déposée à cet effet. Les mères font toucher la statue à leur petit.

Dans le Calvados, à Notre-Dame de -Livaye (canton de Mézidon-Canon), une Sainte-Marguerite est considérée et priée comme  une Apolline. Les mères qui apportent leur bébé laissent leurs bavoirs dans les bras de la statue en guise d’ex-voto. À Ablon (canton de Honfleur), les mères font toucher la statue, prient, mettent un cierge, font parfois célébrer une messe et déposent un linge ayant touché l’enfant.

   
 

De semblables dépôts (bavoirs, sucettes) sont offerts aux pieds de la statue à la sainte à Canapville (canton de  Pont-l’Evêque) ou les  pèlerinages  individuels sont particulièrement suivis par les gens du voyage.

Dans l'Orne, à Couvains (canton de la Ferté-Fresnel), les mères viennent nombreuses prier devant la statue du XIIe siècle sur le large piédestal à laquelle elles déposent des photos et des vêtements de leurs enfants.

Dans l’Eure, la  commune du Plessis- Grohan (canton d'Évreux) possède au hameau du Plessis, une église où est vénérée une sainte Apolline. Les mères viennent avec leurs jeunes enfants invoquer la sainte. Elles prient et accrochent des rubans de la couleur de la layette du petit aux  poignets de la sainte en témoignage de leur considération ou de leur espoir.

     
 

À la Saussaye (canton d’Amfreville-la Campagne), les invocations sourdent des mêmes appels maternels et entraînent les mêmes rites enrubannés. Dans la Seine-Maritime, l'église Saint-Mards (canton de Bacqueville en Caux) présente un autel avec une statue de pierre polychrome ou la sainte tient une pince à la main. Cette pince symbolique ne sert en rien à un arrachage, au contraire, lors de l’invocation, les mères y accrochent des rubans avant d'allumer un cierge. Sur place les renseignements figurent sur un feuillet.

À Ouville- la Rivière (canton d’Offranville), la croix de sainte Apolline élevée près de la chapelle, est couverte de rubans multicolores destinés à manifester les reconnaissances maternelles. On ne s'étonnera pas de rencontrer une semblable générosité de rubans sur la sainte  Apolline décapitée placée sous le porche de l'église d'Aubermesnil-Beaumais (canton d’Offranville). À Quièvrecourt (canton de Neufchâtel –en-Bray), des mères  demeurent fidèle à la sainte et à une tradition originale de pose des rubans.

   
   
 
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